mon autographe, youpi :) !

Conférence de Gô Nagaï
Paris, Fnac Forum des Halles, samedi 19 juin 1999

    Présentation de Gô Nagaï par le traducteur :

    "Gô Nagaï est à l’origine du phénomène de japanimation en France, et même en Europe ; sans son célèbre Goldorak, je crois que nous ne serions pas ici actuellement. Gô Nagaï est quelqu’un qui a constamment souhaité sortir des sentiers battus ; c’est pour ça qu’en 1974, il a créé Studio Dynamic afin de pouvoir créer ses oeuvres telles qui les entendaient. Et pendant des années, Go Nagaï s’est toujours renouvelé, en cherchant à faire à la fois de l’humour, de la SF et de l’historique ; mais son domaine de prédilection reste la SF à tendance horreur, avec des personnages comme Devilman. Il est extrêmement connu au Japon et en Europe, du fait de ses animations des grands robots ; en France, il est surtout connu pour avoir créé Goldorak ; il est encore plus connu en Italie où ses oeuvres ont été largement diffusées."

    Entrée de Go Nagaï, tonnerre d’applaudissements et de bravos. Il parlera toujours en Japonais ; un traducteur traduit tout ce qu’il dit. Je ne garantis pas la véracité de la traduction !

    Question : "Quel est l’historique de la création de Goldorak ? Y a-t-il une suite prévue ?"

    GN : "Le premier robot a d’abord été Mazinger Z, puis il y a eu Great Mazinger et ensuite Goldorak. Dans le cadre de l’animation, on doit constamment créer des nouveautés, c’est comme une sorte de cycle ; quand une série s’arrête, une autre recommence. L’idée d’inventer un robot comme Mazinger Z est venue en regardant des jouets télécommandés ; l’idée d’un robot qui pouvait être commandé par un homme comme quelqu’un qui commande un jouet a germé dans mon esprit ; j’ai ensuite créé ce système de robot piloté qui était une première dans le dessin animé comme dans les mangas de l’époque. Je me suis ensuite orienté vers une race extra-terrestre qui aurait inventé le robot, et c’est comme ça qu’est né Goldorak ; il y aura peut-être une suite à Goldorak. Je suis revenu vers les robots avec Z Mazinger, qui est une version remaniée de Mazinger Z. Dernièrement, Mazinger Z a connu un énorme succès en Grèce."

    Question : "Etes-vous venu en France juste pour cette conférence, le tourisme, ou y a-t-il une autre raison ? Y a-t-il de nouveaux titres qui vont sortir prochainement ?"

    GN : "Je suis venu parce que l’animation japonaise connaît un énorme succès ici. C’est l’anniversaire de Goldorak en France, 21 ans ! Et Dynamic propose de nouveaux titres."

    Question : (la personne dit "bonjour" en japonais. Applaudissements et cris du public) "Comment expliquez-vous que Goldorak n’ai pas eu le même succès au Japon que Mazinger Z et Great Mazinger ?"

    GN : "En fait, je ne sais pas très bien ; mais si j’avais une opinion à formuler, ce serait que lorsque Mazinger Z a été diffusé au Japon, le succès a été phénoménal et cela s’est poursuivi avec Great Mazinger ; lorsque Goldorak a été créé, il se peut que le fan japonais ait été déjà bien habitué à voir des robots, et pas seulement dans mes dessins animés. Cela expliquerait le fait que Goldorak ait eu moins de succès. En France, Goldorak a été la première série à être diffusée, et le succès a été aussi phénoménal qu’au Japon avec Mazinger Z."

    (La personne dit "merci" en Japonais. Re-applaudissements et re-cris dans le public)

    Question : "Quels sont les dessinateurs de mangas dont vous aimez les oeuvres ? Quel est celui ou celle que vous considérez comme votre plus grand concurrent ?"

    GN : "J’ai été très inspiré par Osamu Tezuka dont j’apprécie les oeuvres. En ce qui concerne un rival, je n’y pense pas vraiment ; dessiner un manga, c’est me faire plaisir et faire plaisir au lecteur, je suis déjà bien assez occupé pour ne pas avoir à penser à qui pourrait me faire de l’ombre ou être mon rival."

    Question : "Que pensez-vous de la nouvelle vague de robots qui a suivi Goldorak ?"

    GN : "Lorsque j’ai créé Goldorak et mes autres robots, j’ai mis l’accent sur le robot en lui-même, comme si je pouvais faire ressentir à mes robots ce que ressentent les personnages ; les robots qui ont suivi étaient plus des machines de guerre utilisées par des hommes et n’avaient plus ce côté sentimental. Ils ne ressentaient plus les émotions que j’avais moi décidé d’insuffler dans mes robots."

    Question : "Pourquoi étiez-vous dans le film Toxic Avengers II ? (Rires dans l’assistance)

    GN : "Tout simplement, je suis devenu bien ami avec le patron de Troma, qui a produit Toxic Avengers."

    Question : "J’ai entendu dire que vous avez été inspiré par le dessinateur français Gustave Doré, est-ce vrai ? Et en quoi vous a-t-il influencé ?"

    GN : "En effet, j’ai toujours aimé les oeuvres de Gustave Doré, depuis que je suis jeune ; les illustrations de Gustave Doré sur "l’Enfer de Dante" m’ont inspiré pour DevilMan. J’apprécie beaucoup les dessinateurs français en général même si je ne connais pas leurs noms. Quand je suis en France, j’achète beaucoup de livres que je ramène chez moi."

    Question : "Quelle est votre oeuvre la plus personnelle, celle dans laquelle vous vous êtes le plus investi ?"

    GN : "L’oeuvre dans laquelle je m’investis le plus est soit à venir, soit je travaille dessus, soit je viens juste de la terminer. Toutes mes bandes dessinées sont personnelles."

    Question : (même personne) "Autant pour moi. Il y a quelques années, j’ai lu un article qui disait que le concept même des "Transformers" avait été emprunté à vos robots géants. Est-ce vrai ? Si on vous avait invité à participer aux "Transformers", qu’auriez-vous aimé y apporter ?"

    GN : "Lorsque mes grands robots soient sortis sur les écrans, ensuite, il y a eu une vague de robots qui ont plus ou moins repris le même système. Les "Transformers" ne font pas exception à la règle. Je n’avais peut-être pas besoin d’y participer vu que mes idées avaient déjà été reprises !"

    Question : "Lisez-vous les oeuvres d’autres dessinateurs de Manga ? Qu’est-ce que vous aimez ?" (C’est le même type que tout-à-l’heure qui veut vraiment avoir une réponse à sa question !)

    GN : "Je lis beaucoup de mangas quand j’ai le temps ; dernièrement, j’ai apprécié Berserk."

    Question : "Vers quel âge avez-vous eu la passion de dessiner ?"

    GN : "Ma passion pour le manga est venu quand j’étais tout petit, j’avais 5-6 ans ; je me suis toujours juré de devenir dessinateur de manga. Pendant des années, je n’ai fait que copier les dessins des grands magakas de l’époque ; ma première histoire personnelle, j’ai dû l’écrire quand j’étais collégien."

    Question : "Pourquoi vous n’avez fait que des histoires de robots ?"
    (Enorme huée, sifflets dans le public, qui sait très bien que Nagaï n’a pas fait que ça !!!)

    Le traducteur prend la parole : "Go Nagaï a dessiné pas moins de 400 mangas. Pour plus de renseignements, vous pouvez lire le Hors Série n°1 d’Animeland pour avoir une idée de ce qu’a sorti Go Nagaï."

    Question : "Qu’avez-vous pensé de l’adaptation de Goldorak en dessin animé ? Et si vous deviez vous lancer dans une autre adaptation, est-ce que vous privilégierez les combats ou la psychologie des personnages ?"

    GN : "Lorsque Goldorak a été diffusé à la télé japonaise, le résultat m’a fait plaisir, j’étais très content de voir une telle adaptation ; si je devais participer à une suite de Goldorak ou à un nouveau dessin animé de robots, évidemment, je privilégierais le côté psychique, psychologique des personnages par rapport aux combats ; les combats seraient en rapport avec la psychologie des personnages. Goldorak est un personnage qui est censé être créé par des extra-terrestres et la psychologie m’y semble plus forte que ce que j’avais créé dans Mazinger Z et Great Mazinger ; c’est ce côté là que j’aimerais privilégier à nouveau."

    Question : "J’ai entendu dire qu’à une époque, vous étiez devenu un véritable cinéphile, à tel point que vous alliez voir jusqu’à 200 films par an. Est-ce que cela vous apporte un plus dans la création de vos mangas ?"

    GN : "Il est vrai que tout jeune, j’allais au cinéma quand je le pouvais ; je pouvais aller voir jusqu’à 300 films par an ! A cette époque, j’allais voir beaucoup de films français et des productions d’Hollywood. Lorsque je suis devenu mangaka, j’ai eu moins le temps d’aller au cinéma. En ce qui concerne les effets, même si je ne peux pas dire quoi précisément, il est probable ça m’ait influencé ; mes goûts en matière de cinéma français sont les films de Gabin, Delon et Belmondo."

    Question : "Les personnages dans Goldorak, Great Mazinger et Mazinger Z ont un côté un peu kitsch, on a pas mal ri pendant la diffusion du film. Est-ce que c’est voulu dès la conception ? Ou est-ce qu’ils le sont devenus par excès de certaines valeurs ?" (Public pas content de la question)

    GN: "Peut-être ni l’un ni l’autre ; mais il est vrai que cela peut paraître kitsch. Il faut dire qu’à l’époque, les références en matière de robotique n’étaient quand même pas énormes..."

    Question : (moi) "Pour rester sur Goldorak et Great-Mazinger, certains ont remarqué qu’il y avait des propos très écologiques. Dans Goldorak, il y a énormément de machines, de robots, mais tout ça c’est pour protéger la Planète Bleue, et tous les combats se passent dans la nature. Est-ce que cette opposition entre la machine et la nature est un thème qui vous touche et que vous avez voulu faire passer ?"

    GN : "L’opposition entre nature et robot est bien-sûr un choc qui marque à l’écran ; j’ai toujours voulu insuffler une sorte de sentiment dans mes robots. Si les robots ont une sorte de coeur et d’âme, cela peut se transcender dans la nature, et donc l’impact est beaucoup plus fort."

    Question : "Grendizer va-t-il être adapté en "live" ? Et j’ai apporté une feuille de papier blanc et j’aimerais que vous me fassiez un dessin." (Rires jaunes dans le public !)

    GN : "Les progrès en matière d’images graphiques ont été foudroyants. S’il y avait une chance de faire Grendizer en images de synthèse, je serais très content de le faire. Pour la deuxième question, sachant que tu serais le seul récompensé, il faudrait que tout le monde soit d’accord."

    (Rires et huées dans le public. Quelqu’un dit "On en fait des photocopies gratuites sur le dos de la FNAC !")


    Question
    : "Est-ce qu’il y a eu collaboration, ou est-ce qu’on vous a proposé une collaboration sur les séries type "Bioman" ?"

    GN : "Je n’ai jamais été contacté pour y participer. Néanmoins, j’adore ce genre de programme."

    Question : "Est-ce que votre collaborateur, Ken Ishikawa, qui a travaillé avec vous sur Geta Robot travaille avec vous sur toutes les séries ? Comment vous partagez-vous le travail ?"

    GN : "Ken Ishikawa a été mon premier assistant à mes débuts. On a travaillé ensemble pendant très longtemps ; il représentait à peu près 25% du travail quand nous avons collaboré ensemble. Mais dernièrement, il est plutôt occupé et nous n’avons pas eu l’occasion de travailler sur une même oeuvre. Par exemple, pour la série Geta Robot, le concept de trois robots qui s’assemblent a été déposé par moi ; mais j’étais occupé et je n’ai pas pu tous les développer ; mon collaborateur m’a alors aidé."

    Question : "Il y a pas mal d’auteurs qui aimeraient passer du domaine de la bande dessinée à celui de la réalisation. Est-ce que ça vous plairait un jour de passer réalisateur d’animation en ayant carte blanche pour tout ?"

    GN : "J’aimerais réaliser Goldorak ! (Rire de Nagaï) Il y a eu un projet de DevilMan que j’aurais aimé réaliser."

    Question : "J’ai entendu dire qu’une de vos histoires de jeunesse avait servi d’inspiration à des films comme Star Wars ou Terminator. Quand vous avez-vu ces films, qu’avez-vous ressenti ? De la frustration ou de l’amusement ?"

    GN : "J’ai eu un énorme choc en voyant Terminator car ça ressemblait en effet beaucoup à une oeuvre que j’avais faite vers 17-18 ans. Ca fait longtemps !" (Rires du public) "Mais lorsque je me suis aperçu que faire des procès à l’étranger était terrible et coûtait beaucoup d’argent, je n’ai pas poursuivi mon action. Pour Star Wars, Violent Jack a aussi été repris par le personnage de Dark Vador ; j’ai aussi tenté une action en justice aux Etats-Unis mais... comme j’aime beaucoup Star Wars, j’ai arrêté !" (Rires et applaudissements du public)

    Question : "Qu’est-ce qui, selon vous, fait la spécificité des mangas par rapport aux comics books américains et aux BD européennes ?"

    GN : "D’après moi, le manga japonais serait plus proche d’un film ; les cases sont plus proches d’un film en continuité et en action. Un comic book américain est plutôt en "stop motion", chaque image étant une image arrêtée."

    Question : "J’aurais voulu savoir pourquoi, dans la version animée de Goldorak, le siège d’Actarus fait-il demi-tour..."
    (Le public ne laisse pas finir la question : tonnerre d’applaudissements, de rires, de cris !!! Cela ne s’arrête plus. On entend : "Ouais !!! Génial !!! C’est quand même la question que tout le monde se pose. Il a assuré, là ! Pourquoi pas ? On va maintenant lui poser la question pourquoi Vénusia n’a pas d’enfant avec Actarus !")

    GN : "C’est possible que son caractère prudent d’extra-terrestre lui fasse regarder derrière lui !"
    (Encore un tonnerre de rire et d’applaudissements incessants ! "Bravo ! Yoohoooo !!!")

    Question : "Là, on a vu la différence au niveau esthétique. Mais je voulais savoir aussi au niveau du contenu, des thèmes abordés, est-ce différent dans les mangas par rapport aux comics ?"

    GN : "Pour le manga japonais, il y a énormément de genres ; il y aura forcément un genre où l’on pourra s’exprimer. Je ne pense pas que cela soit la même chose pour une BD américaine, qui est destiné à un grand succès et qui sera créée par rapport à un standard d’appréciation du public. Le manga japonais, de part le nombre énorme de genres, permet à tous les dessinateurs de faire une BD telle qu’il l’a ressent réellement."

    Question : (Encore moi) "Sur la Mailing List consacrée à Goldorak sur Internet, dont il y a peut-être quelques membres ici (Vous voyez un peu comment je nous fais de la pub !!), on s’est intéressé sur la présence de doubles dans Goldorak ; mais on en a vu aussi dans Mazinger Z. Dans votre oeuvre, il y toujours des personnages qui sont doubles comme Minos, qui présentent deux têtes ; est-ce un thème sur lequel vous voulez toujours insister ?"

    GN : "Le fait de créer des personnages à double têtes comme Minos est une invention qui me tenait à coeur déjà dans mon manga. Cela créé une personnalité parfaite qui rassemblerait un homme et une femme dans un seul même personnage. C’est une idée qui m’a beaucoup intéressée ; je pense que chacun a aussi une double personnalité quelque part, et c’est une manière visuelle de la transposer à l’écran."

    Question : "Pour Kekkô Kamen, est-ce que vous vouliez la faire facile pour le crayon ?"
    (Sifflets dans le public. Quelqu’un dit : "Celui-là, je vais le prendre à la sortie !!")

    GN : "Tout le monde est souvent habillé avec le visage visible ; je me suis dit que faire l’inverse produirait un personnage étonnant, et cela a eu un bon succès. J'aimerai en faire un "live" !" (Rire de Nagaï)

    Question : "D’où vient l’idée révolutionnaire de dire le nom de l’attaque quand le héros..."
    (Enorme rire dans le public. Ca dit : "Fulguropoing" et "Cornofulgure" à tout va !)

    GN : "Cela vient des catcheurs japonais qui, lorsqu’ils sortent leur attaque de folie (Rires dans le public) disent le nom de leur attaque. C’est aussi le cas des commentateurs de matchs qui crient aussi le nom de l’attaque au moment où le catcheur la fait !" (Encore des rires)

    Question : "Vous avez commencé votre carrière comme assistant de M. Shotaro Ishinomori. Je voulais savoir ce que cet enseignement vous a apporté. Et je voulais savoir comment se passait la création d’un manga chez Dynamic Productions."

    GN : "J’ai travaillé pendant un an/un an et demi au côté d’Ishinomori. C’était quelqu’un qui dessinait énormément et très vite ; il n’avait quasiment pas le temps de manger ou de dormir, il dessinait tout le temps. Mais j’ai essayé de développer mon propre style, en dessinant plus lentement. En ce qui concerne la production, je dessine les "roughs" au bleu et ensuite mes dessins sont apportés dans une pièce où d’autres assistants "cleanent", dessinent et mettent des trames. Il faut savoir que les dessinateurs doivent produire tellement de planches par semaine qu’ils ne peuvent pas tout faire eux-mêmes ; donc le travail d’animation est donné à l’assistanat. Cela permet au dessinateur de fournir 20 ou 30 pages par semaine."

    Question : "Devilman tue à un moment des prêtres. Au Japon, qui est à la fois bouddhiste, shintoïste et catholique, est-ce que cela a donné des problèmes ?"

    GN : "Non, ce n’est pas vraiment par un anti-cléricalisme que j’ai dépeint de tels situations. Souvent, comme dans Devilman, c’est la religion catholique que je représente. Moi-même, je n’ai pas d’expérience par rapport à la religion, je ne suis pas vraiment croyant ; mais j’ai beaucoup été inspiré par l’Enfer de Dante, j’ai fait beaucoup de recherches là-dessus. Gustave Doré a aussi été très important pour moi."

    Question : "J’aimerais savoir comment se déroule une journée type de M. Nagaï." (Sifflets dans le public. Quelqu’un dit : "Sortez-le !") "Travaille-t-il 20 heures par jour, ou fait-il ses 8 heures réglementaires ?"

    GN : "Je travaille surtout la nuit ; j’arrive au milieu de l’après-midi au bureau et ensuite je dessine jusqu’à très tard dans la nuit, pour enfin rentrer chez moi pour me reposer. Une journée type, c’est à peu près entre 12 et 13 heures de travail."

    Question : "Je voulais savoir si vous aviez déjà été victime de la censure ? Et si vous ou une de vos oeuvres a dû en souffrir personnellement ? Et si oui, est-ce que vous le regrettez ? Est-ce qu’aujourd’hui, ça aurait pu avoir plus de chances de passer ?"

    GN : "Oui et non. J’ai eu à faire plusieurs fois à la censure, je me suis souvent battu avec mes éditeurs pour faire respecter mes planches. J’estime que j’ai moi-même une morale que je respecte ; j’ai des limites que je ne veux pas dépasser ; je n’ai jamais mérité d’être censuré et je ne l’ai jamais été. La censure est un phénomène qui varie avec le temps ; je m’adapte et je me plie à la situation."

    Question : "Pour vos mangas de science-fiction, est-ce que vous vous documentez auparavant sur la robotique ou la mécanique pour le design de vos machines ? Et comment vous expliquez la violence de certains mangas qui dépassent les limites de ce qui se fait ailleurs ?"

    GN : "Pour la SF, je me documente un peu au départ, mais c’est quand même mon imagination qui fait le reste ; mon roman s’adapte en fonction de mon imagination. Pour la deuxième question, je pense que la violence est un reflet de la société actuelle ; s’il y a de plus en plus de fans qui aiment ce genre de mangas, il se peut que les dessinateurs soient amenés à fournir ce que veut le public. Le manga n’est certes pas une réalité ; mais la violence étalée dans les mangas agit peut-être comme une sorte d’interrupteur ou de fusible chez la personne qui le lit et l’empêche alors de mener son acte de violence à exécution, car cet acte aura été mené dans le manga. Cela peut peut-être expliquer le faible taux de violence et de criminalité au Japon. C’est la manière dont je perçois cette orientation de la violence dans le manga."

    Question : "Il me semble que vous êtes président d’une association de Mangaka et je voulais avoir votre avis sur le marché du manga au Japon et sur son avenir."

    GN : "En fait, je ne sais pas ce que sera réellement l’avenir du manga. Je peux simplement remarquer que depuis que j’ai débuté dans le métier, le nombre de dessinateurs de manga a été multiplié par 30, ainsi que le nombre de genres proposés. Il est évident que d’autres styles de manga vont encore naître, et certains vont disparaître."

    Question : "S’il est lecteur de manga, quels sont ceux qu’il aime bien lire ?"
    (Réaction énervée du public : "On l’a déjà posée, celle là ! Faut suivre !!")

    Le traducteur : "Cette question a déjà été posée !"

    Question : "En France, beaucoup de mangas sont publiés dans le sens français de la lecture. Est-ce que vous considérez cela comme une dénaturation de l’oeuvre ?"

    GN : "Pour moi, un manga doit être facile à lire, ça ne me dérange pas. Bon, certaines personnes peuvent être dérangées par le fait que cela soit dans le sens opposé au sens japonais ; mais pour moi, cela n’a pas d’importance."

    Question : (Jean !!) "Je voulais tout d’abord vous remercier, parce qu’on ne l’a pas fait directement, pour votre oeuvre et plus particulièrement pour Goldorak, car je connais mieux Goldorak que le reste de votre oeuvre malheureusement, peut-être pour des problèmes de diffusion en France. Je voulais aussi vous remercier parce que je me suis aperçu en revenant en arrière que finalement Goldorak avait beaucoup influencé...ma vie, tout bêtement." (Rires dans le public) "Dans mes choix, dans mon inconscient, dans mes passions. Ca veut dire projets professionnels, ça veut dire beaucoup de choses. Et il s’avère, donc, que Goldorak a beaucoup influencé ma vie, et celle, je pense, ici, de beaucoup de gens. Je voulais savoir si vous aviez conscience de ce phénomène, que votre oeuvre avait pu influencer beaucoup de gens de ma génération, c’est-à-dire les 25-30 ans, ou 35 ans, et si oui, qu’est-ce que cela provoque en vous ? Merci."
    (Rires de Nagaï quand on lui traduit la question)

    GN : "Quand j’étais jeune, j’ai été influencé par Samo Tezuka et par tous les films que j’ai vu. Je suis extrêmement content de pouvoir dire qu’une de mes oeuvres a influencé également la vie des personnes qui l’ont vu ; c’est peut-être ma plus grande joie."

    Le traducteur : "Et qu’est-ce que vous faites exactement ?"

    Réponse de Jean : "Ben ça n’a rien à voir, mais c’est par des passions détournées, en l’occurrence l’astronomie. J’ai découvert l’astronomie par Goldorak, en fait."

    Question : "Je sais qu’on en est pas aux remerciements, mais je vais en profiter puisque M. Nagaï est là, je rêve de vous dire ça depuis tout môme. Je tiens à vous remercier parce que, grâce à vous, je suis dans l’animation japonaise, je suis dans le manga. Goldorak a, en quelque sorte, donné un sens à ma vie, c’est de là que tout a démarré pour moi. Et je tenais à vous remercier, de ma part, et au nom de tous ceux qui sont ici. Voilà ; merci beaucoup M. Nagaï."

    (Tonnerre d’applaudissements !!)

    Gô Nagaï s'absente quelques instants puis il revient pour la séance de dédicaces tant attendue !

    ~ Avec l'aimable autorisation de Sarah Hatchuel ~